Et si les biais cognitifs étaient positifs et acquis ?

Wikipedia FR offre une vision complémentaire du mode de pensée dominant : « La rationalité limitée de l’individu est évoquée du fait des limitations inhérentes au système cognitif dans le traitement des informations, qui conduit à des biais inévitables. Certains y voient un échec de la rationalité humaine, tandis que pour d’autres, tels que Jonathan St. B. T. Evans, l’existence de ces biais est “en raison plutôt qu’en dépit de la nature de notre intelligence”. 

Gerd Gigerenzer

Gerd Gigerenzer, “virulent contradicteur” de Kahneman et Tversky, développe une vision “optimiste” de la question, mettant en évidence les situations courantes qui nécessitent, à propos, des heuristiques de jugement.

Selon Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives, les biais cognitifs peuvent être utiles pour se donner des repères dans la société et justifier nos prises de décisions ; les heuristiques permettent la survie face à un danger imminent. De fait, dès leurs premières recherches dans les années 1970, Kahneman et Tversky ont proposé une vision nuancée des heuristiques qui bien que menant à des biais, peuvent parfois conduire à des jugements raisonnables. »

Il est intéressant de compléter cette vision par la version anglaise de l’encyclopédie en ligne « Gerd Gigerenzer is one of the main opponents to cognitive biases and heuristics. Gigerenzer believes that cognitive biases are not biases, but rules of thumb, or as he would put it “gut feelings” that can actually help us make accurate decisions in our lives. His view shines a much more positive light on cognitive biases than many other researchers. Many view cognitive biases and heuristics as irrational ways of making decisions and judgements. Gigerenzer argues that using heuristics and cognitive biases are rational and helpful for making decisions in our everyday life. »

Gary Klein

Mais ces deux sources d’information omettent les travaux de recherches de Gary Klein, qui a collaboré avec Daniel Kahneman pendant de nombreuses années, relation qui a donné lieu à la publication de l’article « A failure to disagree ».

Dans son ouvrage Sources of Power, référence dans le domaine de la Naturalistic Decision-Making, il souligne :

« Les heuristiques et les biais n’apparaissent pas chez des décideurs expérimentés oeuvrant en situations réelles »

 » Those who favor analytical approaches to decision-making believe poor decisions are caused by biases in the way we think. Naturalistic decision-making researchers disagree. We tend to reject the idea of faulty reasoning and try to show that poor decisions are caused by factors such as lack of experience … Several studies found that decision biases are reduced if the study includes contextual factors and that the heuristics and biases do not occur in experienced decision-makers working in natural settings »

Il trouve même qu’il y a une certaine ironie dans les recherches sur les biais cognitifs, rappelant au passage les différences entre les recherches menées en laboratoire et les recherches action en situations réelles :

 » The confirmation bias has been shown in many laboratory studies (and has not been found in a number of studies conducted in natural settings). Yet one of the most common strategies of scientific research is to derive a prediction from a favorite theory and test it to show that it is accurate, thereby strenghtening the reputation of that theory. Scientists search for confiration all the time, even though philosophers of science, such as Karl Popper (1959) have urged scientists to try instead to disconfirm their favorites theories » (Sources of Power, Gary Klein, 1998-2018, MIT Press, p 273-275)