Décider deux fois plus vite ou mourir (Michel Goya)

Pour que cet article incarne pleinement son titre, trêve de suspense et assenons le premier extrait de « Sous le feu » pour poser le décors : « … lorsque deux adversaires, toutes choses égales par ailleurs, ont 95% de chance de prendre une bonne décision pour le premier et 50% de chance pour le second mais que ce dernier soit deux fois plus rapide à prendre cette décision, c’est lui qui l’emportera dans 51% des cas (contre 23% pour le premier) ».

Ouvrage de référence, pour les chercheurs comme les militaires ou les forces spéciales police (le patron de l’ « effrac » du RAID me disait en avoir fait son livre de chevet), son sous-titre – « la mort comme hypothèse de travail » – donne une coloration toute particulière à la notion de décisions. Le lieutenant colonnel Goya, devenu docteur en histoire contemporaine, y dédie d’ailleurs un chapitre même si une bonne partie de l’ouvrage nourrit mes recherches depuis des années.

L’efficacité des décisions « 2 fois plus rapides » souligne l’arbitrage vitesse-qualité dans un contexte tactique mené après un grand travail de préparation. Elles sont à ranger dans la catégorie des cycles « reflexes » ou intermédiaires, dits « courts » (Michel Goya en distingue 3 sur le terrain). C’est aussi un processus avec une forte courbe d’apprentissage et d’efficacité, comme le souligne l’exceptionnelle analyse statistique des combats de la Grande Guerre patriotique par l’Etat-Major soviétique : « une capacité de réaction deux fois plus rapide que l’adversaire donnait 5 chances contre 1 de l’emporter » !