Dans quel jeu – « fini » ou « infini » – décidez vous ? (James P. Carse & Simon Sinek)

La manière dont nous décidons dépend du contexte dans lequel on « joue » : on n’arrête, ne prend, ne porte et ne tient pas de la même manière une décision si des vies sont « en jeu » (domaines humanitaire, médical, militaire…), si c’est une situation critique en entreprise (de licenciements massifs à une innovation de rupture qui déboule sur le marché), si on est en train de tomber amoureux (en fonction du contexte là aussi culturel dans lequel on a été élevé) ou encore si on choisit des confitures au supermarché (petit clin d’oeil à la passionnante étude de psychologie de Sheena Iyengar et Mark Lepper en 2000 sur l’impact d’avoir trop de choix quand on fait ses courses).

Et si nous apportions, dans un monde professionnel qui tente de s’inspirer des jeux au sens large (du rugby aux échecs), une nouvelle distinction crée par James P. Carse, professeur émérite d’histoire et de littérature des religions de l’université de New York : « Il y a au moins deux types de jeux. L’un pourrait s’appeler fini, l’autre infini. Un jeu fini est joué dans l’objectif de gagner. un jeu infini à pour finalité de continuer à jouer » est le premier des 101 points de son ouvrage « Finite and Infinite Games, a vision of life as play and possibility ».

Comme notre processus de décision, similaire au mécanisme de perception, opère à plusieurs niveaux par différences, autant commencer par comprendre le type de jeu auquel nous décidons plus ou moins consciemment de jouer, plutôt que d’essayer d’en changer les règles de manière incrémentale. Nous décidons d’autant mieux si nous repérons les différences… qui font une différence !

Cette idée fondatrice a été reprise plus récemment par Simon Sinek bien connu pour son « why » : « Les jeux finis sont disputés par des joueurs désignés. Ils ont des règles fixes. Et il existe un objectif convenu qui, lorsqu’il est atteint, met fin au jeu. Le football, par exemple, est un jeu fini : les joueurs sont aisément reconnaissables à leurs maillots et il existe une série de règles qu’un arbitre fait appliquer et que tous les joueurs sont convenus de respecter – ils acceptent d’être sanctionnés s’ils les enfreignent. Tout le monde admet que l’équipe qui a marqué le plus de points à la fin du temps imparti est déclarée gagnante ; le jeu prend alors fin et chacun rentre chez soi. Dans les jeux finis, il y a un début, un milieu et une fin.
Les jeux infinis, au contraire, font intervenir des joueurs connus et des joueurs inconnus. Ils n’ont pas de règles précises ou admises. Il peut exister des conventions ou des lois gouvernant le comportement des joueurs, mais ces derniers agissent à leur guise à l’intérieur de ces vastes frontières. Et s’ils choisissent de rompre les conventions, ils le peuvent. La manière dont chaque joueur choisit de jouer ne dépend que de lui et il peut en changer à tout moment pour n’importe quelle raison. »

Vous voyez où je souhaite en venir ? Non pas qu’un jeu soit meilleur qu’un autre, tout dépend là aussi du contexte, mais décider consciemment à quel jeu vous jouez avant d’agir sur le terrain vous redonne de la liberté, tout autant que choisir de passer d’un jeu à l’autre.

Savez vous à quel jeu vous avez implicitement décidé de jouer dans votre carrière par exemple ? Et si, dans une situation critique,
> il n’y avait pas de fin
> de nouveaux acteurs que vous n’aviez pas prévu pouvaient rentrer sur le terrain
> les règles du jeu pouvaient changer pendant le déroulement du « match » que vous menez,
décideriez vous différemment ?

Je voulais laisse avec un mot de James Carse : « Les joueurs finis jouent à l’intérieur des frontières ; les joueurs infinis jouent avec les frontières ».