Choisis tes problèmes (Mark Manson)

L’auteur et blogger à succès dédie un chapitre aux décisions dans son best seller « L’art subtil de s’en foutre ». Petit tour d’horizon …

Subjectivité, pouvoir & bonheur

La vie est comme un marathon, qui peut être désiré ou imposé, nous propose l’auteur dès la première page :

«  Quand tu as choisi librement et que tu t’es préparé, il s’agit d’un moment à marquer d’une pierre blanche. Ce qui t’est imposé, ce que tu effectues contre ta volonté, devient en revanche une expérience des plus pénibles.

Bien souvent, la seule différence entre une situation ressentie comme accablante et une autre au contraire perçue comme galvanisante est le sentiment, dans le second cas, d’avoir pu exercer un choix en toute autonomie et d’en assumer la responsabilité.

Quand c’est toi qui choisis tes problèmes, tu te sens fort. Dès lors qu’on te les impose, tu te vis comme une malheureuse victime ».

Oui, mais alors comment choisir ses problèmes Mark ?

Décider d’assumer ses responsabilités

« Tu fais tout le temps des choix, que tu le reconnaisses ou pas » me répond l’auteur, reprenant le titre de son chapitre. Et comme tout bon auteur américain, Mark Manson utilise des histoires vraies. Rien de moins que le cheminement du psychologue et philosophe américain William James pour asseoir son propos : lorsqu’il quitta la Harvard Medical School dans les années 1860 contre l’avis de son père qui avait joué de ses relations pour qu’il entre dans la prestigieuse institution, William James participa à une expédition anthropologique dans la forêt amazonienne. Touché dès le premier jour par la variole, abandonné par l’équipe, lui qui avait une santé fragile réussit à revenir par miracle à bon port puis tomba dans une « dépression doublée de pulsion suicidaire ». Comment s’en est sorti le futur père de la psychologie américaine ? Il s’imposa de décider pendant un an qu’il était responsable de ses actes, rien de moins.
«  On est responsable de tout ce qui nous arrive dans la vie, quelles qu’en soient les circonstances. On ne contrôle certes pas toujours ce qui survient. Mais on contrôle toujours le regard que l’on porte sur ce qui nous arrive et la façon dont on y réagit » résume l’auteur quant à la pensée du psychologue alors au bord du gouffre. Et il prit une seconde décision quant aux conséquences de ses actes : « Si rien ne s’était amélioré au terme de la période, son authentique impuissance ne ferait plus de doute, en conclusion de quoi il mettrait fin à ses jours ». Décider de croire en son pouvoir était devenu son salut. D’ex-étudiant à Harvard, il y est devenu professeur ainsi qu’un chercheur de renom.

Mark Manson persiste et signe avec une autre histoire bouleversante autant que provocante, cette fois-ci plus récente et incarnée, d’un internaute partageant la mort de son fils dans un commentaire de son blog à succès, accusant l’auteur d’ignorer la portée d’un tel deuil « Cet homme avait sans conteste enduré la souffrance ultime. Il n’avait pas choisi que son fils meure, et ce n’était en rien sa faute à lui si ce jeune homme était décédé. La responsabilité de gérer ce deuil lui était tombé dessus comme la foudre. Mais il n’en demeurait pas moins responsable de ses propres émotions, croyances et actions. Sa réaction à ce décès relevait de son propre choix. Si nous ne pouvons contourner la souffrance, il nous revient la possibilité de choisir ce qu’elle signifie pour nous… quoi faire de cette souffrance ? ».

On peut constater en lisant ces lignes que Mark Manson mérite sa réputation sulfureuse de lucide pessimiste qui déteste s’enfermer dans des notions de développement personnel qu’il abhorre, pour s’inscrire plutôt dans des recherches psychologiques et philosophiques bien documentées. L’auteur multiplie cependant, dans la traditions des livres américains, les exemples de personnes ayant surmonté leurs difficultés avec cette conviction tellement forte qu’elle en est semi-consciente « je n’avais pas choisi cette vie ; je n’avais pas choisi cette situation horrible. Mais maintenant, je choisis comment vivre avec ; je dois choisir comment vivre avec. » C’est un socle culturel profondément ancré que l’on découvre, même s’il est dans l’ouvrage plus nuancé que d’autres « best sellers ».

Mark Manson recycle, non sans humour piquant autant qu’impactant, une métaphore maintes fois utilisée, celle du jeu de carte : «  C’est comme cela que je vois la vie. On a tous en main une donne, au départ. Certains partent avec une plus belle donne que beaucoup d’autres. Et même s’il est tentant de faire une fixette sur tes cartes pour en conclure que tu t’es fait arnaquer, le vrai jeu réside dans les choix que tu fais avec, les risques que tu décides de prendre et les conséquences que tu choisis d’assumer »

L’auteur se fend alors d’une autre citation hautement philosophique tirée, excusez du peu, du film Spiderman « Un grand pouvoir implique une grande responsabilité » et la retourne avec élégance pour nous en faire pleinement saisir la mesure : « il te suffit de permuter  les deux éléments de la proposition : « une grande responsabilité implique un grand pouvoir ». Plus tu choisis d’assumer la responsabilité de ta vie, plus le pouvoir que tu exerces sur elle est importante. Accepter la charge de ses propres problèmes est à ce titre le premier pas vers leur résolution ».

Si vous êtes comme moi, les « il suffit », « on contrôle toujours le regard » et autre « il faut » me paraissent excessifs, mais vous saisissez l’idée au coeur de ses décisions.

Décides de tes, voire ta valeur(s)

Mark Manson propose en conclusion de son chapitre dédié aux choix de réévaluer ses valeurs «  Tu es déjà en train de choisir, à chaque instant, à quoi tu tiens, alors changer tes priorités est aussi simple que de choisir de tenir à autre chose », voire même d’aller plus loin en choisissant consciemment sa valeur intrinsèque.

En le paraphrasant : « Sans doute n’êtes vous même pas conscient de choisir votre valeur, ou que vous pouvez la choisir. » Et en cela, je le rejoins.