Qu’est ce que vous décidez ?! Je ne sais pas … (Nassim Nicholas Taleb)

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Dans notre société, « on ne peut malheureusement affirmer son autorité si l’on admet sa propre faillibilité. » Même si « de temps à autre, on croise des êtres humains doués d’une supériorité intellectuelle telle qu’ils n’ont aucun mal à changer d’avis ». Ce que dit Taleb souligne l’importance, de questionner régulièrement les fondations de nos décisions et dans des contextes qui le nécessitent, de « revenir sur certaines d’entre elles ».

« Simplement, les gens ont besoin d’être aveuglés par la connaissance – nous sommes faits pour suivre des chefs qui ont la capacité de rassembler les gens parce qu’il y a plus d’avantages à être en groupe que d’inconvénients à être seul. Jusqu’à présent, cela nous a mieux réussi d’aller tous ensemble dans la mauvaise direction que de nous retrouver seul dans la bonne ». Jusqu’à présent…

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Nassim Nicholas Taleb, dans le chapitre de son best seller Le Cygne Noir titré « Epistémocratie », petit pays dans lequel les gens reconnaissent et prennent en compte la « faillibilité humaine », souligne la « fragilité de la connaissance », son caractère « non-définitif » et hautement subjectif.

L’ancien trader, professeur d’ingénierie du risque à l’Institut polytechnique de l’université de New York et « flâneur » comm il aime à se présenter, définit un epistémocrate, qu’il tient en haute estime, comme une personne qui possède un « faible niveau d’arrogance epistémique », qui « manque de la témérité, marque des idiots, mais a néanmoins le cran rare de dire « je ne sais pas ». Peu lui importe de passer pour un imbécile ou, pire, pour un ignorant ». Il précise cependant que « cela ne signifie pas nécessairement qu’il manque de confiance en lui, simplement qu’il tient ses propres connaissances pour suspectes », non sans une certaine torture mentale.

Il redirige une lumière crue sur notre société dans laquelle « nous ne sommes pas prédisposés à respecter les gens humbles qui essaient de suspendre leur jugement ». Il constate également qu « on ne peut malheureusement affirmer son autorité si l’on admet sa propre faillibilité. » Il existe comme toujours des exceptions : « de temps à autre, on croise des êtres humains doués d’une supériorité intellectuelle telle qu’ils n’ont aucun mal à changer d’avis ». Ce que pose Taleb souligne l’importance, de questionner régulièrement les fondations de nos décisions et dans des contextes qui le nécessitent, de revenir sur certaines d’entre elles.
Pourquoi ? L’auteur revient sur sa métaphore phare : « l’asymétrie du Cygne Noir permet d’être sûr de ce qui est faux, pas de ce que l’on considère comme vrai ». Taleb, comme Karl Popper à son époque, est accusé de « promouvoir le doute de soi ». Mais n’est-ce pas salvateur quand on s’engage dans des choix critiques, voire vitaux ?

Il repositionne notamment la connaissance et compréhension de l’Histoire à une place centrale mais plus humble et mesurée : « Un élément du mécanisme permettant à l’esprit humain de tirer la leçon du passé nous incite à croire aux solutions définitives – sans penser que ceux qui nous ont précédés étaient eux aussi convaincus de détenir des solutions définitives. Nous nous moquons des autres sans réaliser que le jour viendra bientôt où quelqu’un aura autant de raison de se moquer de nous. »

L’épistémocrate est selon moi un membre indispensable d’une équipe qui décide face à une situation critique, et une voix aidante dans la tête du décideur final ou seul, car « il se tourmente sur les conséquences que pourraient avoir le fait de se tromper ». Et en « Extremistan » – mot créé par Taleb pour caractériser une « province où un seul phénomène observé peut avoir un grand impact sur l’ensemble », les décisions politiques, économiques et médicales face à des enjeux nucléaire, climatique, pandémique peuvent avoir des conséquences dévastatrices, cachées, différées.

L’ouvrage, publié peu avant la crise financière de 2008, est plus que jamais d’actualité car fondateur : « Simplement, les gens ont besoin d’être aveuglés par la connaissance – nous sommes faits pour suivre des chefs qui ont la capacité de rassembler les gens parce qu’il y a plus d’avantages à être en groupe que d’inconvénients à être seul. Jusqu’à présent, cela nous a mieux réussi d’aller tous ensemble dans la mauvaise direction que de nous retrouver seul dans la bonne ». Jusqu’à présent…