Décider avec imagination et improvisation pour saisir des Cygnes Noirs positifs. (NN Taleb)

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Notre connaissance est fragile – « ce qu’on ne sait pas compte beaucoup plus que ce qu’on sait », nos croyances sur ce qui est impossible sont dangereuses – « des événements peuvent survenir précisément parce qu’ils ne sont pas censés arrivés  » et le futur est plus que jamais imprévisible « Les cygnes Noirs étant imprédictibles, nous devons nous adapter à leur existence (au lieu de tenter naïvement de les prévoir) ». 

Mais alors par quel bout prendre ce nouveau monde si l’ancien peut être balayé par une, deux ou trois vagues ? Et comment surfer plutôt que nous laisser emporter ? Nous voyons bien que ce n’est pas l’information qui permet de décider avec justesse dans un monde incertain puisqu’elle est partielle, partiale, brute, souvent obsolète et la plupart du temps decontextualisée. C’est bien d’autre chose dont nous avons besoin. Et NN Taleb répond par l’imagination et l’improvisation pour saisir les Cygnes Noirs positifs. « la stratégie des découvreurs et des entrepreneurs consiste à moins se reposer sur une planification directive pour privilégier au maximum les tâtonnements et reconnaître les opportunités quand elles se présentent. » 


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Dans le prologue de son best seller « Le Cygne Noir, la puissance de l’imprévisible », NN Taleb part d’un constat psychologique de l’être humain et explique comment nos limites sont autant de potentialités de découvrir et d’entreprendre une fois que l’on a compris et appris sur quoi faire reposer fondamentalement nos décisions dans une situation critique : « le problème réside dans notre structure mentale : nous n’apprenons pas les règles, mais seulement et uniquement les faits », utilisant l’exemple des attentats américains de 2001 : « Qu’a-t-on appris du 11 septembre ? Que eu égard à leur dynamique, certains événements se situent nettement en dehors du domaine du prévisible ? Nullement. Que la sagesse classique était structurellement faible ? Non plus. Qu’a-t-on réussi à comprendre ? On a appris des règles précises permettant d’éviter des proto-terroristes islamiques et les grands bâtiments ». Bien loin de ce qu’il appelle les méta-règles du jeu.

Rentrons un peu plus dans l’originalité de son approche quand il souligne que « notre apprentissage par l’observation ou l’expérience est sérieusement limité, et notre savoir bien fragile » puisqu’une « seule observation est capable d’invalider une affirmation générale, découlant du spectacle millénaire, entériné des millions de fois » qu’un cygne … est blanc.
Bref, « ce qu’on ne sait pas compte beaucoup plus que ce qu’on sait », ce qui positionne les sachants dans une situation délicate comme on peut le constater à chaque nouvelle crise, bon nombre de dirigeants continuant pourtant de faire appel à eux plutôt que de se questionner, bien entouré, sur les fondements de notre réflexion dans un contexte aussi différent de la normale (si tant est qu’une telle situation existe). L’auteur, bien connu pour son approche directe, n’y va pas par quatre chemins et écrit ce que bon nombre de consultants pensent en leur for intérieur de leurs clients, qui leur rendent bien « Il est prouvé que nous réfléchissons beaucoup moins que nous le croyons ». Autant réfléchir alors sur les éléments qui peuvent avoir des conséquences extrêmes…

Mais alors par quel bout prendre le monde si notre savoir, notre histoire, nos habitudes, nos modes de pensée classiques peuvent être balayés par une, deux ou trois vagues ?

NN Taleb propose une vision provocante, même si en 2020 plus qu’en 2008, année de publication de son deuxième opus, elle colle plus encore à notre nouvelle réalité : « J’ose affirmer, envers et contre nombre de nos habitudes de pensée, que notre monde est dominé par l’extrême, l’inconnu et le très improbable (improbable, selon notre connaissance actuelle) – et pendant ce temps, nous ne cessons de nous livrer à des bavardages inutiles et de nous focaliser sur le connu et le répété. D’où la nécessité de prendre l’événement extrême comme point de départ, non de le considérer comme une exception à prendre pour quantité négligeable. » en ouvrant avec quelques questions de son cru « Est-il possible d’estimer le danger que représente un criminel en regardant uniquement ce qu’il fait un jour ordinaire ? Peut-on comprendre la santé sans prendre en compte les maladies et les épidémies sauvages ? De fait, ce qui est normal est rarement déterminant. »
Mais il va plus loin en expliquant que les progrès de notre civilisation nourrissent l’instabilité de notre société : « Je fais aussi l’affirmation plus audacieuse (et plus ennuyeuse) qu’en dépit de notre évolution et de l’accroissement de notre savoir, ou peut-être à cause de cette évolution et de cet accroissement, l’avenir sera de moins en moins prédictible… ». Cachée dans une note de bas de page, cette petite phrase n’a pas manqué de me faire réagir « des événements peuvent survenir précisément parce qu’ils ne sont pas censés arrivés ».

Nous voyons bien que ce n’est pas l’information qui permet de décider avec justesse dans un monde incertain puisqu’elle est partielle, partiale, brute, souvent obsolète et la plupart du temps decontextualisée. C’est bien d’autre chose dont nous avons besoin : « Vivre aujourd’hui sur cette planète nécessite beaucoup plus d’imagination que nous ne sommes programmés pour en avoir. Nous manquons d’imagination et la réprimons chez les autres ».

Ce n’est pas le cas de tout le monde fait-il remarquer en qualité d’ancien trader, appuyant sur une qualité extrême et rare, adaptée aux événements qui le sont tout autant. L’improvisation. Oui l’improvisation, avec tout ce qu’elle comporte de travail préalable si on a l’ambition d’une quelconque élégance – à commencer par se brancher sur notre imaginaire. « Les cygnes Noirs étant imprédictibles, nous devons nous adapter à leur existence (au lieu de tenter naïvement de les prévoir). » Et si bon nombre d’entre nous pensons qu’en terme de cygnes noirs négatifs, NN Taleb rappelle à ses lecteurs assidus que « la stratégie des découvreurs et des entrepreneurs consiste à moins se reposer sur une planification directive pour privilégier au maximum les tâtonnements et reconnaître les opportunités quand elles se présentent » car, dans les domaines des découvertes scientifiques ou des investissements en capital risque, « les bénéfices qu’on peut retirer de l’inconnu sont disproportionnése nouveau