Quand décider d’arrêter la croissance, pour éviter un cancer ? (Grégory Bateson)

ARTICLE EN UNE MINUTE

L’anthropologue, psychologue et épistémologue nous rappelle certains règles du jeu du vivant :

– pour « les substances désirées, les objets, les structures ou les séquences d’expérience qui sont, d’une façon ou d’une autre, « bonnes » pour l’organisme – aliments, conditions de vie, température, loisirs, sexe, etc », il existe une  « quantité qui a une valeur optimale : au delà de cette quantité, la variable devient néfaste, et, inversement, tomber en dessous de cette valeur, c’est en manquer »

– « la philosophie habituelle de l’argent (l’ensemble des présuppositions selon lesquelles plus on en a, mieux c’est) est tout à fait anti-biologique »

– «  Chez certains animaux supérieurs, la croissance est contrôlée. La créature atteint une taille ou un âge ou un stade auquel la croissance tout simplement, s’arrête. Les cellules, sous contrôle, cessent de grandir et de se diviser. Lorsque le contrôle ne s’exerce plus, il en résulte un cancer ». 

Si on postule que nos organisations ne sont pas des machines mais bien des entités biologiques vivantes, comment redécider la quantité optimale (nombre d’heures, employés, projets, clients, CA…) en fonction de l’évolution de notre éco-système ? 

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L’anthropologue, psychologue et épistémologue américain Gregory Bateson, dans son livre phare La Nature et la Pensée, souligne des fondations sur lesquelles nous reposons inconsciemment qu’il est vital de redécider :

Un présupposé phare touche la maladie du toujours plus qui devient mortelle dans certains contextes de notre société : « Les substances désirées, les objets, les structures ou les séquences d’expérience qui sont, d’une façon ou d’une autre, « bonnes » pour l’organisme – aliments, conditions de vie, température, loisirs, sexe, etc – ne sont jamais telles que plus y sera d’office meilleur que moins ; ou plus exactement, il existe pour tous les objets et expériences, une quantité qui a une valeur optimale : au delà de cette quantité, la variable devient néfaste, et, inversement, tomber en dessous de cette valeur, c’est en manquer … Plus de calcium n’est pas toujours meilleur que moins de calcium : il y a une quantité optimale de calcium dans l’alimentation de chaque organisme ; au delà de cette quantité, le calcium devient toxique. Pareillement, en ce qui concerne l’oxygène que nous respirons, la nourriture, et tous les composants de notre alimentation, voire tout ce qui constitue nos relations, il y a une quantité suffisante préférable à la surabondance. » 

Gregory Bateson remarque que « cette caractéristique de la valeur biologique ne s’applique pas à l’argent » : « Quant à l’argent, non pas en lui-même, mais dans ses effets sur qui le possède, on peut également estimer qu’il devient néfaste au delà d’un certain point. Quoi qu’il en doit, la philosophie habituelle de l’argent (l’ensemble des présuppositions selon lesquelles plus on en a, mieux c’est) est tout à fait anti-biologique », n’omettant pas de compléter par la remarque suivante liée à un thème qui lui est cher, l’apprentissage « Mais il semble que certains êtres vivant apprennent facilement cette philosophie… ». 

Le point que souligne l’anthropologue va plus loin et plus profondément que les recherches en psychologie qui soulignent qu’au delà d’un certain niveau d’une rémunération aisée, le niveau de bonheur retombe toujours à un seuil subjectif stable. Il s’agit non plus d’une neutralité-stabilité inhérente à la psychologie de l’être humain, face au au puit sans fonds des désirs matériels, mais d’un retour au biologique avec la prise de conscience d’un impact toxique, voire mortel. 

Nous ouvrant à d’autres contextes, le chercheur donne un peu plus loin un exemple organisationnel avec une nouvelle compréhension à la clef :  « la croissance progressive d’une population (augmentation du nombre des automobiles ou de celui des personnes), par exemple, n’a pas d’effet perceptible sur les transports jusqu’au moment où, subitement, le seuil de tolérance est dépassé et la circulation s’embouteille. Le changement d’une variable met en évidence la valeur critique de l’autre », soulignant « l’interaction entre une changement et une tolérance ». 

Il revient finalement à une règle du jeu du vivant par une métaphore biologique inspirante et terriblement d’actualité «  Chez certains animaux supérieurs, la croissance est contrôlée. La créature atteint une taille ou un âge ou un stade auquel la croissance tout simplement, s’arrête (elle est arrêtée soit par un produit chimique, soit par un autre message provenant de l’organisation interne de la créature). Les cellules, sous contrôle, cessent de grandir et de se diviser. Lorsque le contrôle ne s’exerce plus (faute d’émission ou de réception du message), il en résulte un cancer ». 

Si on postule que nos organisations ne sont pas des machines mais bien des des entités biologiques vivantes, comment redécider la quantité optimale (nombre d’heures, employés, projets, clients, CA…) en fonction de l’évolution de notre éco-système ? 

Sources : Extraits de la section 11. « Il n’y a pas de « valeurs » monotones en biologie » et 12. « Parfois, ce qui est petit est joli » dans le 2ème chapitre « Ce que tout élève sait » du livre « La Nature et la Pensée » de Gregory Batseon.